
Vendredi dernier, une délégation technique de la Mairie de Libreville, conduite par le Directeur général des Affaires économiques, Guy André Engohang Ovono a sillonné les allées bondées du marché de Nkembo. Officiellement, la mission visait à « identifier et recenser » les commerçants pour intégrer le marché dans un système de gestion numérique. Il s’agit en réalité du réaménagement d’un espace saturé.

L’urgence de l’assainissement
Le marché de Nkembo, véritable poumon économique du 2e arrondissement souffre de maux chroniques.
A l’occupation anarchique des trottoirs, il faut ajouter les difficultés de circulation et problèmes d’hygiène.
La mairie constate qu’il est impossible de moderniser la gouvernance sans toucher à l’urbanisme.

Le fichier numérique en cours de création servira de carte maîtresse pour la future « réorganisation spatiale ».
En clair, savoir qui est où pour mieux définir qui pourra rester et où rester.
L’inquiétude des « bouts de table »

Si la Mairie parle de « régulation » et d’« efficacité », le message est reçu différemment par les occupants du marché.
Pour de nombreux vendeurs, en particulier ceux installés de manière précaire ou informelle, le mot « recensement » réveille souvent le spectre du « déguerpissement ».
La modernisation 2.0 promise peut-elle se faire sans casse sociale ?

C’est toute la question. Une meilleure organisation des espaces implique mécaniquement de libérer les voies de passage et de structurer les étals.
Les commerçants craignent que cette digitalisation ne soit le prélude à une sélection drastique des occupants ou à « une hausse des taxes municipales », justifiée par la modernisation des services.

Nkembo fait figure de laboratoire. Si la Mairie parvient à assainir l’espace grâce au numérique sans briser la dynamique populaire de ce marché historique, le modèle pourra s’exporter.
Dans le cas contraire, la « mise à jour » risque de se heurter à la résistance de la rue.



